Quand le nom de Frédérick Raynal apparaît au générique d’un jeu vidéo, les amateurs d’horreur dressent l’oreille. Le game designer français est l’homme derrière Alone in the Dark, le titre fondateur du survival horror sorti en 1992 qui a posé les bases d’un genre entier. Après plusieurs années de silence et de projets ratés, Raynal revient avec 2Dark, un survival horror stealth en vue isométrique développé par son studio Gloomywood et édité par Bigben Interactive. Sortie le 17 mars 2017 sur PC, puis le 10 août de la même année sur PlayStation 4 et Xbox One, l’aventure se présente comme un retour aux sources, avec une difficulté ancienne école assumée et une atmosphère oppressante. Voici notre test complet.
Une enquête sombre dans la peau de Mr. Smith
2Dark vous met dans la peau de Mr. Smith, ancien inspecteur en disgrâce. Sa femme a été assassinée, ses enfants enlevés. Plusieurs années plus tard, il habite un appartement délabré et reçoit des indices pointant vers une série de disparitions d’enfants à Gloomywood. Le détective décide alors de pénétrer un par un les repaires des serial killers responsables, pour secourir les jeunes victimes et démêler la trame qui les relie. Le récit est livré par cinématiques en artworks dessinés, dans un style à mi-chemin entre la bande dessinée noire et le pulp fiction.
Un gameplay stealth exigeant
Vue isométrique, pixel art volontairement old-school, lumière calculée centimètre par centimètre : 2Dark prend le parti d’un gameplay stealth pur et dur. Chaque niveau (il y en a sept) demande de progresser dans l’ombre, ramasser les indices au sol, neutraliser ou éviter les ennemis et surtout escorter les enfants à travers les couloirs piégés jusqu’à la sortie. Les gosses suivent Mr. Smith en file indienne, leur progression dictée par vos déplacements et vos ordres : siffler avec carré pour qu’ils suivent, leur demander de se taire avec rond, les rassurer quand ils crient de peur.

Une difficulté à l’ancienne
La difficulté de 2Dark est impitoyable, mais jamais gratuite. Les ennemis voient loin, entendent encore plus loin et tabassent en deux coups. Le héros marche sur la pointe des pieds avec R2, allume sa torche pour explorer mais s’expose dès qu’il éclaire une pièce, et doit jongler avec un nombre dérisoire de cartouches pour son Colt. Le combat frontal est presque toujours suicidaire : il faut surprendre par derrière à l’arme blanche, attirer avec des bonbons, manipuler la lumière. La carte du salon de Mr. Smith devient l’outil central pour relier les indices et débloquer les niveaux suivants, dans la pure tradition du puzzle d’enquête.
Une direction artistique unique
Le pixel art de Gloomywood est volontairement low-fi, mais l’éclairage dynamique des lampes torches, bougies et briquets sculpte les pièces avec une précision remarquable. Les ennemis sont dessinés à gros pixels mais leurs silhouettes restent reconnaissables et leur démarche menaçante. L’ambiance sonore est minimale : un chant d’enfants angoissant sur l’écran-titre, puis le silence ponctué par vos pas, vos respirations et les murmures des bourreaux. C’est efficace, même si la bande-son du jeu reste parfois en retrait là où l’on aurait aimé un peu plus de présence musicale.
Les défauts qui empêchent la note parfaite
La gestion d’inventaire est le talon d’Achille de 2Dark. Le bouton triangle de la DualShock 4 gère à la fois la combinaison d’objets, l’équipement et la lecture des documents, ce qui rend les manipulations laborieuses en plein affrontement. L’intelligence artificielle des serial killers, brillante dans certaines situations, retombe parfois dans des routines prévisibles. Quelques bugs persistent dans la version finale, notamment des problèmes de collision et de scripts d’enfants qui se bloquent. La version PC tient mieux la route que la version PlayStation 4 sur laquelle nous avons effectué une partie complémentaire.
Durée de vie et localisation
Compter une dizaine d’heures pour terminer les sept niveaux en ligne droite, davantage si l’on veut sauver tous les enfants et débloquer les différentes fins. Le jeu est intégralement traduit en français dans les menus, les sous-titres et les documents collectés, ce qui rend la lecture des indices nettement plus confortable. Le titre est facile à se procurer en version dématérialisée ou en boîte sur PS4, ainsi qu’en édition Xbox One et clef Steam pour PC.

Verdict
2Dark est sans aucun doute le fruit d’une tête qui connaît à fond les codes du survival horror classique et sait comment les retourner. C’est un jeu cruel, exigeant, parfois injuste, mais animé d’une vraie identité visuelle et narrative. Quelques scories techniques et une ergonomie perfectible l’empêchent de viser plus haut, mais pour les amateurs du genre c’est un retour bienvenu du père d’Alone in the Dark. Si vous aimez les jeux durs et l’ambiance grinçante, vous tenez là un titre à découvrir. Pour prolonger l’expérience, n’hésitez pas à consulter notre fiche technique de 2Dark avec toutes les informations sur le jeu, le développeur et les plateformes.
