Près d’un an après sa sortie japonaise, Yakuza 6 débarque enfin chez nous. Au programme, pas mal de changements, mais aussi des constantes, celles d’un charme inoxydable.

Le sixième volet canonique de la saga Yakuza met en scène un Kazuma Kiryu quasi quinqua génaire, qui sort d’une peine de prison de trois ans, purgée pour rompre définitivement avec son ancienne vie de mafieux. Las!, à sa sortie, sa protégée Haruka, fille de son grand amour, a disparu de l’orphelinat d’Okinawa où Kiryu pensait la retrouver. Durant son enquête, notre héros retournera bien entendu à Kamurocho, le fameux quartier chaud tokyo’1le inspiré de Kabukicho, où il verra que la tension monte entre son ancien clan, les triades, mais aussi la mafia coréenne, de retour.
Sur fond d’intrigue stratégique entre ces trois parties, le Dragon de Dojima découvre alors une Haruka gravement blessée pour protéger son enfant : il lui faut retrouver le père du bambin. Si le scénario est dense, parfois un peu redondant ou convenu, il ne manque pas de rebondissements, d’anciennes connaissances ni de scènes cultes.
Surtout, c’est sur l’aspect graphique que Yakuza 6 colle les plus grosses baffes au joueur, avec un nouveau moteur, le Dragon Engine. Enseignes lumineuses, bâtisses, tout paraît plus beau, plus photoréaliste même; mention spéciale à la motion capture des acteurs, parmi lesquels on apprécie la présence de l’acteur/ réalisateur Takeshi Kitano, plus vrai que nature, dans un rôle moins dispensable qu’on pourrait le croire.
Outre sa plastique avantageuse, ce sixième volet s’ouvre aussi sur d’autres horizons, avec la ville portuaire d’Onomichi, dans la préfecture de Hiroshima. Une façon agréable et paisible (la plupart du temps) de sortir de l’ambiance parfois trop distrayante et bruyante de Kamurocho.
Le Daron Oojima
Côté système de combats, Yakuza 6 tente de faire du tout en un, fusionnant les styles et les compétences dans un même moule. Le résultat est un peu moins agréable et technique que dans les précédents titres /,Zero et Kiwam1), mais plus facile à prendre en main, et permet d’optimiser la jauge de Heat avec des actions spectaculaires, quasi automatiques. Coups de vélo, kick en pleine mâchoire et même prises à deux improbables s’enchaînent pour notre plus grand plaisir. Plus encore que dans les précédents volets, la vie de Kiryu s’enrichit d’une foule d’activités optionnelles.
Jeux d’arcade plus nombreux, activités sportives {salle de sport, baseball) et nombreux restaurants rythment les journées de l’ex-mafieux, d’autant que chaque action débouche sur des bonus d’expérience augmentant les compétences du héros. On prend un plaisir immense à se perdre dans les rues animées de Tokyo, s’essayer à un loisir nouveau à chaque coin de rue, et même former son propre gang dans un mini-jeu de stratégie sympathique …

Reste toujours les mêmes reproches, dont les amoureux de la saga n’auront que faire: l’absence d’une traduction française, avec des sous-titres en anglais, et une tendance à un mélange des genres entre sérieux, cérémonial et loufoqueries diverses parfois à la limite de la faute de goût, notamment dans les missions annexes.
Et puis il y a quelques choix de design un peu old school, étonnants pour un jeu en monde ouvert, surtout comparé à la «concurrence ». Mais le charme des personnages, riches, souvent bien plus qu’ils ne le laissent penser lors de leur première rencontre, le dépaysement total offert par les dialogues en japonais, mandarin et coréen et, bien sûr, la technique jubilatoire permettant de visiter l’archipel par procuration compensent très largement ces défauts récurrents.
Yakuza 6 : The Song of Life est tout simplement l’épisode le plus abouti de la franchise depuis ses premiers pas sur PlayStation 2 en 2006. Le scénario intimiste misant sur la famille dysfonctionnelle de Kazuma Kiryu et cette mise en scène toujours plus cinématographique rendent un vibrant hommage aux films de gangsters japonais. La refonte globale du système de combat et des mécaniques RPG de ce jeu d’aventure assure des combats à la fluidité exemplaire et une évolution organique du héros, miroir des actes et des choix des joueurs. Et la réalisation est à la hauteur de ce récit captivant. Le photoréalisme des environnements et des cinématiques décroche la mâchoire et propulse les Yakuza virtuels que nous sommes dans un Japon fantasmé ô combien enivrant.
