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Édito : quand on ne veut plus finir un jeu vidéo

Cela nous est tous arrivé : commencer un jeu plein d’enthousiasme, investir dix, vingt, trente heures dedans, et soudain ne plus trouver l’envie de lancer la console. Ce phénomène, bien connu des joueurs assidus, mérite qu’on s’y arrête un instant. Pourquoi abandonne-t-on un jeu alors qu’on l’avait adoré au départ ?

La lassitude du cycle répétitif

Les open worlds modernes cachent parfois ce piège : après vingt heures de libération de points de contrôle, de montage au sommet de tours et de collecte de plumes, le cerveau décroche. Le jeu répète les mêmes boucles sans injecter de nouveauté. Les Assassin’s Creed, Far Cry et Ghost Recon ont popularisé ce format, qui peut lasser quand le fil rouge scénaristique ne tient pas la distance.

À l’inverse, les jeux linéaires et courts ne souffrent pas de ce problème : les productions comme Inside, Firewatch ou What Remains of Edith Finch durent entre quatre et six heures et vous accompagnent du début à la fin. Le format de la visual novel asiatique, très présent dans les jeux de Dontnod ou Quantic Dream, joue également cette carte avec succès.

Quand la vie rattrape le joueur

Il y a aussi la raison la plus triviale : le temps. Entre le travail, la famille, les amis et les autres loisirs, trouver deux heures pour se plonger dans un RPG de cinquante heures devient un défi logistique. La sortie imminente d’un autre titre attendu pousse à abandonner celui en cours. Les plateformes d’abonnement, avec leur catalogue pléthorique, participent aussi à cette boulimie : on passe d’un jeu à l’autre sans jamais en terminer un seul.

Certains joueurs culpabilisent face à leur pile de jeux non finis — le fameux « backlog ». Les sites comme HowLongToBeat permettent d’estimer la durée d’un titre et aident à faire des choix. Mais au fond, il ne faut pas se mentir : finir un jeu n’est pas une obligation. L’important est de passer un bon moment, même s’il s’arrête avant le générique.

Assumer le plaisir du moment

Les jeux multijoueur compétitifs prolongent cette notion jusqu’à l’absurde : il n’y a pas de fin. League of Legends, Fortnite, Valorant ou Rocket League se jouent pendant des années sans générique. Dans ce cas, abandonner signifie simplement décrocher, et le jeu reste là si l’envie revient. L’industrie vidéoludique a longtemps valorisé l’achèvement, avec ses succès à 100 % et ses platines trophées. Les mentalités évoluent aujourd’hui vers une approche plus détendue.

Abandonner un jeu en cours de route n’est donc pas un échec. C’est même parfois un acte de lucidité : préserver son temps pour quelque chose qui redonne envie. Alors oui, il y a ce personnage de Witcher 3 à qui on avait promis de ramener son fils disparu, ces cartes de Dragon Age qu’on ne verra jamais. Tant pis. Il reste toujours la possibilité d’y revenir dans six mois, après un gros patch, ou jamais. Les deux options sont valides.

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