Le 8 mai 2026, la France célébrera comme chaque année la Fête de la Victoire, jour férié qui commémore la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale sur le théâtre européen. Quatre-vingt-un ans après la signature de la reddition à Reims puis à Berlin-Karlshorst, la cérémonie nationale réunit le président de la République, les anciens combattants et les représentants des forces alliées au pied de l’Arc de Triomphe.
De la signature de Reims à la cérémonie de Berlin-Karlshorst
La capitulation allemande a en réalité été signée deux fois. Le premier acte est paraphé à Reims, dans la salle des cartes du quartier général d’Eisenhower, le 7 mai 1945 à 2h41 du matin. Le général Alfred Jodl, chef d’état-major de la Wehrmacht, signe la reddition au nom du Reich. Le cessez-le-feu prend effet le 8 mai à 23h01.
Joseph Staline, qui considère Reims comme un acte trop occidental, exige une seconde signature à Berlin. Le maréchal Wilhelm Keitel ratifie donc la reddition dans la nuit du 8 au 9 mai dans une école d’ingénieurs de Berlin-Karlshorst, en présence du maréchal soviétique Gueorgui Joukov, du général Carl Spaatz pour les États-Unis, du maréchal Arthur Tedder pour le Royaume-Uni et du général Jean de Lattre de Tassigny pour la France. C’est cette double signature qui explique pourquoi la Russie commémore le 9 mai, tandis que les Occidentaux retiennent le 8.
Le discours de Charles de Gaulle et l’annonce officielle
Le 8 mai 1945 à 15 heures, le général de Gaulle s’adresse à la nation depuis le ministère de la Guerre. Sa voix retentit à la radio en même temps que les cloches des églises, qui sonnent à toute volée dans tout le pays. Le chef du gouvernement provisoire annonce : « La guerre est gagnée. Voici la victoire. C’est la victoire des Nations Unies et c’est la victoire de la France. »
À Paris, des centaines de milliers de personnes envahissent les Champs-Élysées, la place de la Concorde et les abords de l’Hôtel de Ville. Des chants, des drapeaux, des défilés improvisés, parfois des larmes pour ceux qui pensent aux disparus, aux déportés qui ne reviendront pas, aux familles brisées. La même scène se répète à Londres, Moscou, New York, dans toutes les capitales alliées.
Un jour férié à l’histoire mouvementée
La date du 8 mai n’a pas toujours été commémorée comme aujourd’hui. Instituée jour férié par une loi de 1953, elle est supprimée en 1959 par le général de Gaulle, devenu président de la République, qui souhaite privilégier la réconciliation franco-allemande dans le cadre de la construction européenne. La commémoration est rétablie comme journée de souvenir en 1968, puis Valéry Giscard d’Estaing la déplace au deuxième dimanche de mai en 1975.
C’est François Mitterrand qui rétablit définitivement le 8 mai comme jour férié par la loi du 23 septembre 1981. Depuis, la cérémonie officielle se tient chaque année à 11 heures au pied de l’Arc de Triomphe, avec dépôt de gerbe sur la tombe du Soldat inconnu, ravivage de la flamme et minute de silence. Les communes de France organisent à leur tour des cérémonies devant les monuments aux morts.
Un héritage de mémoire et de paix
Plus de 60 millions de personnes ont perdu la vie pendant la Seconde Guerre mondiale, dont environ 600 000 Français entre soldats, civils, résistants et déportés. Le 8 mai n’est pas seulement la commémoration d’une victoire militaire : c’est aussi le moment où l’on rappelle le sacrifice des combattants français de la France libre, des soldats coloniaux venus d’Afrique du Nord et subsaharienne, des résistants de l’intérieur et des victimes de la déportation.
La construction européenne est née de cette catastrophe. La déclaration Schuman du 9 mai 1950, prononcée cinq ans presque jour pour jour après la capitulation, posera les fondations de la Communauté européenne du charbon et de l’acier puis de l’Union européenne. C’est pour cette raison que le 9 mai est aujourd’hui célébré comme la Journée de l’Europe.
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