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L’eau sur la Lune : ce que révèlent les missions Artemis et les implications pour la base lunaire de 2030

Les images transmises par les sondes lunaires des dernières années ont définitivement bouleversé notre vision de la Lune. Ce que l’on croyait être un astre sec et stérile abrite en réalité d’immenses réserves de glace, concentrées principalement aux pôles, dans des cratères que la lumière du Soleil n’atteint jamais. Cette ressource transforme aujourd’hui les plans des agences spatiales : la NASA, l’ESA, la JAXA et la Chine préparent des missions habitées dont l’objectif n’est plus seulement de fouler le sol lunaire, mais d’y bâtir une présence durable autour de l’eau gelée du pôle sud.

De la mission Clementine à la confirmation de 2020

Les premiers indices remontent à 1994, lorsque la sonde américaine Clementine détecta des anomalies radar dans les régions polaires. La mission indienne Chandrayaan-1, en 2008, a fourni les premières preuves spectroscopiques de molécules d’eau à la surface. La confirmation décisive est venue en octobre 2020, quand l’observatoire SOFIA de la NASA, embarqué dans un Boeing 747 modifié, a identifié de l’eau moléculaire dans le cratère Clavius, exposé à la lumière solaire. La quantité, environ 100 à 412 parts par million, équivaut à une bouteille d’eau d’un litre piégée dans un mètre cube de régolithe. Les observations menées en parallèle par le télescope spatial James Webb ont permis d’affiner la cartographie thermique des cratères polaires.

Aux pôles, les volumes deviennent considérables. Les cratères en ombre permanente, dont Shackleton et Cabeus au pôle sud, abriteraient au total plusieurs centaines de milliards de litres d’eau sous forme de glace, conservée à des températures inférieures à -200 °C depuis des milliards d’années.

Le programme Artemis et le retour vers la Lune

La mission Artemis II, qui a effectué son survol lunaire en avril 2026 avec quatre astronautes à bord, marque le retour des humains dans l’environnement lunaire après cinquante ans d’absence. Le décollage de l’équipage depuis le Centre spatial Kennedy avait été suivi en direct par des millions de téléspectateurs. Artemis III, prévue pour 2027, doit poser un équipage au pôle sud, dans une zone proche du cratère Shackleton choisie pour son ensoleillement quasi continu sur certaines crêtes voisines, idéal pour les panneaux solaires, et pour la proximité immédiate de la glace dans les zones d’ombre.

L’atterrisseur Starship HLS de SpaceX, contracté par la NASA pour cette descente, a réussi son premier amarrage orbital en mars 2026. Bill Nelson, administrateur sortant de la NASA, déclarait à l’occasion : « Cette eau est plus précieuse que l’or pour qui veut habiter la Lune. » Le directeur du programme Artemis, Lakiesha Hawkins, a précisé que la sélection finale du site d’alunissage tient compte de treize zones candidates, dont neuf sont à moins de six kilomètres d’un cratère contenant de la glace détectée.

Boire, respirer, voler : les usages de l’eau lunaire

L’eau ne servirait pas uniquement à étancher la soif des futurs astronautes. Par électrolyse, deux atomes d’hydrogène et un d’oxygène se séparent, fournissant à la fois l’air respirable des habitats et le carburant pour les fusées. Un kilogramme de glace lunaire, une fois traité, fournit environ 111 grammes d’hydrogène et 888 grammes d’oxygène. Pour les agences, cette ressource locale réduit drastiquement le coût d’envoi de matériel depuis la Terre, estimé aujourd’hui à plus de 100 000 euros par kilogramme.

Le projet de base permanente, baptisé Artemis Base Camp côté américain et Moon Village côté européen, prévoit pour 2030 un module pressurisé, une centrale solaire, un système de tri de régolithe et une unité d’extraction d’eau. La Chine et la Russie, associées dans l’International Lunar Research Station, visent eux aussi un site polaire à l’horizon 2032.

Les défis techniques et les enjeux juridiques

Forer dans une zone d’ombre permanente impose des contraintes inédites. Les engins doivent fonctionner sans énergie solaire directe, à des températures qui figent les lubrifiants conventionnels. La NASA teste à cette fin le rover VIPER, dont le lancement est attendu pour la fin 2026, équipé de phares à LED et d’une foreuse capable d’atteindre un mètre sous la surface. Les agences européennes coordonnent leurs travaux avec d’autres événements astronomiques majeurs de l’année, notamment l’éclipse solaire totale du 12 août 2026, qui mobilise une partie des observatoires impliqués dans le suivi lunaire.

Le cadre juridique reste flou. Le traité de l’espace de 1967 interdit l’appropriation d’un corps céleste par un État, mais les Accords Artemis, signés par 56 pays en avril 2026, autorisent l’extraction de ressources sur place, principe contesté par la Chine et la Russie. Un débat aux Nations unies est attendu pour 2027, alors que les premiers prélèvements industriels pourraient commencer dès le début des années 2030.

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