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Kic 9139163 : le monde d’eau bouillante qui ne transite pas devant son étoile

Dans la constellation du Cygne, autour d’une étoile pulsante de type solaire baptisée Kic 9139163, une équipe dirigée par l’Institut national d’astrophysique italien (Inaf) a repéré une exoplanète candidate qui, depuis notre point de vue, ne passe jamais devant le disque de son étoile. L’étude, acceptée pour publication dans la revue Astronomy & Astrophysics, décrit une planète restée invisible aux méthodes classiques et reconstituée à partir des plus infimes détails de la lumière qu’elle réfléchit et émet.

Une planète qui échappe à la méthode du transit

La plupart des plus de six mille exoplanètes connues ont été découvertes grâce à la méthode du transit : quand une planète passe devant son étoile, elle en masque une petite fraction de lumière et provoque une baisse de luminosité mesurable. Cette approche ne fonctionne que si l’orbite est alignée presque parfaitement avec notre ligne de visée. Or la géométrie nous apprend que les planètes non transitantes sont bien plus nombreuses : leur orbite est inclinée et ne produit jamais ces mini-éclipses. Kic 9139163 appartient à cette seconde famille, la plus répandue et la plus difficile à étudier.

« La grande majorité des planètes de l’univers ne transitent jamais devant leur étoile du point de vue de la Terre, ce qui les rend de fait invisibles », explique Sylvain N. Breton, chercheur à l’Inaf et premier auteur de l’étude.

Comment l’équipe l’a débusquée : courbes de phase et vitesse radiale

Pour contourner l’obstacle géométrique, l’équipe a analysé les courbes de phase, ces variations périodiques et très faibles de la luminosité globale du système. En parcourant son orbite très serrée, la planète montre au télescope tantôt sa face éclairée, tantôt sa face nocturne, et la lumière réfléchie évolue en conséquence. Les astronomes ont combiné les données historiques du télescope spatial Kepler avec celles, plus récentes, de Tess, puis ils ont ajouté la spectroscopie à haute résolution menée depuis la Terre.

L’instrument décisif fut Harps-N, le spectrographe installé sur le Télescope national Galileo de l’Inaf, aux îles Canaries. En mesurant les vitesses radiales de l’étoile, les chercheurs ont imposé une contrainte précise sur la masse de l’objet et confirmé sa nature planétaire, écartant l’hypothèse d’une étoile compagne ou d’une naine brune. Une démarche voisine de celle racontée dans les découvertes du télescope James Webb sur les atmosphères planétaires, appliquée ici à une cible bien plus fuyante.

Un monde d’eau bouillante dans le désert neptunien

Les données dessinent un objet extrême. La planète accomplit une orbite complète en seulement 14 heures, à très faible distance de son étoile. Sa masse vaut environ 7,3 fois celle de la Terre et son rayon 2,4 fois plus. La combinaison de ces valeurs indique une densité compatible avec un corps composé à environ 50 pour cent d’eau : un véritable hot water world, un monde d’eau bouillante. Sa proximité avec l’étoile l’expose à des forces de marée intenses, qui le poussent vers une évolution orbitale lente destinée, avec le temps, à le faire plonger dans l’étoile.

La planète se situe de surcroît dans le désert neptunien, une région proche des étoiles où les planètes de la taille de Neptune sont rares, car le rayonnement stellaire tend à arracher leurs couches gazeuses. Trouver là un monde doté d’une atmosphère aussi active rend le cas particulièrement précieux pour comprendre comment ces planètes naissent et survivent.

Une atmosphère qui change avec le temps

La comparaison entre époques différentes a réservé la plus grande surprise. « En comparant les données historiques du télescope spatial Kepler avec les nouvelles observations de Tess, six ans plus tard, nous avons remarqué un déphasage inattendu dans la modulation de la lumière réfléchie », raconte Breton. Cet écart suggère que l’atmosphère de la planète n’est pas une photographie figée, mais un système en mouvement, avec des nuages denses et très réfléchissants qui se forment, évoluent et se déplacent le long des bords les plus froids. Une lecture rendue possible par la seule précision des mesures, celle-là même qui a permis de caractériser la géante gazeuse TOI-199 b observée par James Webb.

Ce qui change en vue de Plato

L’étude montre que l’astrophysique moderne parvient à caractériser l’atmosphère et la structure interne d’une planète même lorsque la géométrie de l’orbite ne l’y aide pas. C’est un jalon utile en vue de Plato, la mission de l’Agence spatiale européenne dont le lancement est prévu pour 2027 : son catalogue comprendra de nombreux systèmes analogues à Kic 9139163, et des techniques comme celle décrite ici permettront d’en étudier la composition et la statistique à une échelle inédite.

Sources et pour aller plus loin : le communiqué de Media Inaf, l’article scientifique paru dans Astronomy & Astrophysics de S. N. Breton et ses collaborateurs, et la page de la mission Plato de l’Esa.

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