Capcom sortait en mai 2015 la version PS4 d’Ultra Street Fighter IV, près d’un an après les éditions PS3, Xbox 360 et PC. Le studio a confié le travail de portage à Other Ocean Interactive, un choix qui s’est rapidement révélé polémique. Les joueurs compétitifs ont remarqué dès les premières semaines des bugs d’input-lag qui ont écarté la version PS4 des tournois officiels et terni l’image de ce qui devait être la consécration du quatrième opus de la saga Street Fighter. Retour détaillé sur une édition passionnante dans ses idées, mais bancale dans son exécution.
La dernière édition d’un monument du versus fighting
Ultra Street Fighter IV marque l’aboutissement d’un cycle long de six ans. Débuté en 2009 avec Street Fighter IV, poursuivi par Super Street Fighter IV en 2010 puis Arcade Edition en 2011, le jeu a connu trois rééditions majeures avant cette version Ultra. Capcom a réinvesti chaque épisode avec un soin maniaque de l’équilibrage, ajoutant personnages, décors et mécaniques au fil des ans. L’édition Ultra fut annoncée à l’Evo 2013 comme l’épilogue définitif : cinq personnages inédits, six arènes supplémentaires, l’ajout de la Red Focus, le mode Double Ultra et la fonction Edition Select.
Un roster de 44 combattants
Ultra Street Fighter IV conserve les cinq nouveaux venus : Poison, Hugo, Rolento, Elena (vétérans de Street Fighter III: 3rd Strike et Final Fight) et Decapre (clone de Cammy créé pour l’occasion). Le mode Edition Select permet de sélectionner la version d’un personnage parmi Vanilla, Super, Arcade ou Ultra, ce qui ouvre la porte à des rencontres historiques où une Chun-Li de l’édition 2009 peut affronter un Cammy Super. Les six nouvelles arènes incluent des décors inédits comme Cosmic Elevator, Pitstop 109 et Mad Gear Hideout, tous remasterisés en 1080p pour la version PS4. La bande-son a également été retravaillée avec plus de 100 morceaux et la possibilité d’intégrer ses propres MP3 en arrière-plan, une fonction rarement proposée sur PS4 à l’époque.
Le cauchemar de l’input-lag
Other Ocean a utilisé un émulateur PS3 pour faire tourner le jeu sur PS4 plutôt que de développer un portage natif. Le résultat a été immédiat : un input-lag supplémentaire mesuré par la communauté à environ 3 images par rapport à la version PS3. Sur un jeu où chaque frame compte et où une parade demande une précision au millième de seconde, l’écart est colossal. Les joueurs Evo ont conservé leurs manettes et leurs PS3 pour les compétitions officielles, au grand dam de Capcom. Le constructeur a publié trois patchs successifs sans éliminer complètement le problème, et une décision corrective de 2016 a réglé l’essentiel mais a été jugée insuffisante par les scènes compétitives japonaise et américaine. Le cross-play PS3/PS4, promesse majeure du lancement, n’est arrivé que tardivement et s’est limité au mode classé.
Red Focus et Double Ultra : les bonnes idées de gameplay
Les nouveautés de gameplay ont été appréciées par toutes les catégories de joueurs. La Red Focus Attack absorbe plusieurs attaques consécutives, à la différence de la Focus classique qui ne tolérait qu’un seul impact. Cette modification ouvre des possibilités défensives nouvelles et récompense la lecture du comportement adverse. Le mode Double Ultra permet de combiner les deux Ultra Combos d’un personnage avec un malus de dommages de 25%. Ces ajouts enrichissent la stratégie pour les joueurs intermédiaires et compliquent légèrement la tâche des professionnels, qui doivent anticiper davantage de variables. La courbe d’apprentissage reste brutale pour les débutants, mais le mode entraînement intègre enfin un mode de frame-data visible à l’écran qui rend l’étude des matchups plus accessible.
Le mode en ligne : la bonne surprise
Malgré l’input-lag, le netcode s’est vu amélioré par rapport aux éditions précédentes. Le système de matchmaking a été revu pour mettre en relation des joueurs de niveau comparable, et les salons ouverts autorisent désormais huit participants (contre quatre auparavant). Le mode endless battle permet d’enchaîner les combats sans retour au menu, et le mode team battle 3 contre 3 ajoute une dimension stratégique qui rappelle les King of Fighters. Les lobbies thématiques, les événements communautaires et la possibilité d’enregistrer ses matchs directement dans la galerie PS4 complètent un dispositif communautaire riche, qui a fait vivre le jeu bien après la sortie de Street Fighter V.
Les costumes et le support post-lancement
La version Ultra compile l’intégralité des costumes DLC distribués depuis 2009, soit plus de 100 tenues alternatives couvrant tous les combattants. Les packs Cowboy Ken, Carnival Blanka, Colonel Guile ou Nurse Sakura sont tous inclus, ce qui rend la version PS4 particulièrement généreuse pour les collectionneurs. Capcom a ensuite ajouté deux nouveaux packs en 2015, consacrés aux costumes Alpha et Super, pour rappeler les tenues classiques des épisodes antérieurs. L’ensemble représente plus de six heures de contenu cosmétique pur, sans impact sur le gameplay mais avec un vrai plaisir visuel lors des parties amicales.
Face à la concurrence et à Street Fighter V
À la sortie de la version PS4, le marché du versus fighting était partagé entre Mortal Kombat X de NetherRealm, Killer Instinct de Double Helix et le Guilty Gear Xrd d’Arc System Works. Ultra Street Fighter IV devait consolider la position de Capcom avant l’arrivée de Street Fighter V, annoncé pour 2016. L’input-lag a terni cette transition : plusieurs pro-gamers ont annoncé leur passage anticipé à Street Fighter V ou Guilty Gear, et la scène compétitive PS4 a mis près d’un an à retrouver sa vitesse de croisière. Paradoxalement, ce contexte a renforcé l’aura de la version PS3, qui reste aujourd’hui la référence pour les joueurs de haut niveau attachés au quatrième opus.
Durée de vie et contenu solo
Pour les joueurs solo, le mode Arcade propose un parcours narratif pour chacun des 44 personnages, soit près de 40 heures de contenu uniquement pour débloquer toutes les fins et cinématiques. Les défis par personnage, les trials de combos et les épreuves chronométrées ajoutent encore une vingtaine d’heures. Le mode Figure Collection permet de débloquer des figurines 3D des combattants à admirer dans une galerie. Enfin, les tutoriels couvrent l’ensemble des mécaniques avancées comme les Focus Attack Dash Cancels, les Cross-up et les option-selects qui demandent parfois des heures de pratique pour être maîtrisés.
Notre verdict
Ultra Street Fighter IV sur PS4 reste l’édition la plus complète du quatrième opus de la saga Capcom, avec un contenu solo gigantesque et un roster de 44 combattants historiques. L’input-lag inhérent à l’émulation pénalise cependant durement le jeu pour les joueurs compétitifs, au point que la version PS3 demeure la référence en tournoi. Pour le grand public, les amateurs de versus fighting occasionnels ou les collectionneurs cherchant l’édition ultime du jeu, la version PS4 conserve son intérêt. Pour les détails techniques complets, la liste des personnages, les mouvements spéciaux et les transitions d’arène, consulte la fiche d’Ultra Street Fighter IV sur SubwayPress.
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